REF: 13639

Violente lettre du « Frère terrible » au « vénérable père Duchesne »

Type de document : lettre autographe signée

Nb documents : 1 - Nb pages : 3 - Format : In-4

Lieu : Paris

Date : 28 septembre "l'an 2e de la République"

Destinataire : Jacques-René Hébert (1757-1794), le "père Duchesne"

Etat : bon

Description :

Violente lettre de ce sans-culotte et ancien procureur au Parlement, Fortin, qui se fait appeler le "Frère terrible". Il enrage contre les fripiers qui s'enrichissent sur le dos du peuple.

"Le frère Terrible au vénérable père Duchesne, salut et fraternité,

Jusqu'à quand, père Duchesne, les accapareurs se fouteront-ils des décrets bienfaisants? Est-ce que ces patriotes-vampyrisés regardent les lois de l'auguste montagne, comme les rois-tyrans regardaient les sermons, avec lesquels ils amusaient les peuples, ainsi que l'on amuse les enfants avec des osselets? Tonne, frappe, il en est temps, morbleu! rends leur guerre pour guerre, le Frère Terrible te secondera de tout son pouvoir, en brave sans-culotte, pour foutre tous ces bougres là dans ton ardent fourneau et les consumer! Croirais-tu que ces coquins d'accapareurs, voyant que l'on taxe les denrées de 1ère nécessité, pour nous garantir, nous pauvres diables, des trois fléaux du froid, de la faim et de la soif, se sont avisés de tromper les bons sans-culottes en leur insinuant, cet été, de se mettre en pantalon de toile, et de vendre leurs habillements de laine, à bas et vil prix, pour pouvoir acheter des pantalons de papier, à un prix très cher? Mais nom d'une bombe, ces bougres-là, sous le titre de marchands fripiers, veulent-ils nous revendre au poids de l'or nos foutues guenilles, qu'ils ont accaparées, l'été, pour un verre d'eau. Est-ce parce que ces jean-foutres démasqués ont des boutiques ouvertes, qu'on ne doit pas les regarder comme des accaparants? Tonnerre d'un Dieu! Le Frère Terrible qui est tout nud, comme un ver de terre, ainsi que ses braves frères les sans-culottes, et son fils qui est à l'armée depuis dix huit mois, se fout bien qu'un malin d'aristocrate et d'accapareur ait une boutique ouverte et déclarée, si ce scélérat ne veut pas vendre à un prix raisonnable, les haillons et les habits de laine qu'il a eus pour rien. Il se contrefout bien qu'on taxe le drap et la toile, si ces jean-foutres, en les dénaturant, en les métamorphosant en chemises, en culottes et en habits, ne sont plus censés accapareurs et chient sur la loi [...]. Mais en attendant donne ton réquisitoire pour pulvériser tous ces aristocrates, tous ces faux-patriotes, qui gueulent le civisme, comme des enragés, quoiqu'ils ne soient que des accapareurs et des traitres dignes de la guillotine? [...]".

 

Provenance : ancienne collection Lucas de Montigny (vente du 30 avril 1860, n°1144 du catalogue)

Adresse au dos.

Vendu