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Sévère jugement de Franz Liszt sur son poème symphonique Orphée

Franz Liszt (Raiding, 1811/1886)
Compositeur et pianiste romantique.

Type de document : lettre autographe signée

Nb documents : 1 - Nb pages : 3 - Format : In-8

Lieu : Rome

Date : 18 octobre 1871

Destinataire : Gaetano Belloni (vers 1810-1887), secrétaire particulier et impresario de Liszt

Etat : petite fente au pli central

Description :

En 1871, Orphée appartient déjà au répertoire des poèmes symphoniques de Franz Liszt, mais son exécution en France demeure encore liée à la disponibilité des matériels d’orchestre et aux initiatives de quelques défenseurs de sa musique. Composé à Weimar en 1854-1856, Orphée se distingue au sein du cycle par une écriture particulièrement dépouillée et contemplative, éloignée des effets dramatiques auxquels pouvait alors être associé le poème symphonique. À Paris, les Concerts populaires dirigés par Jules Pasdeloup offrent depuis 1861 un cadre important à la diffusion du répertoire symphonique contemporain et constituent, en 1871, l’un des lieux possibles de réception de la musique de Liszt. C’est dans ce contexte que Gaetano Belloni, ancien secrétaire du compositeur et alors en relation avec le milieu musical parisien, intervient auprès de Liszt au sujet d’Orphée. Celui-ci lui répond de Rome le 18 octobre 1871, alors qu’il s’apprête à regagner Pest.

"Vous savez qu’il m’est toujours très agréable de faire ce que vous me demandez et que j’ai la plus entière confiance en vos loyales intentions. Pourtant, je ne suis pas à même de vous envoyer les parties d’Orchestre de l’Orphée, car je ne les possède point et ne sais guère si elles sont gravées. Peu avant mon voyage à Paris (en 66) j’avais proposé à l’éditeur Härtel (Leipzig) de faire autographier promptement les parties de 4 autres de mes poèmes symphoniques : Préludes, Héroïde funèbre, Mazeppa et la Symphonie dantesque. Elles se trouvent dans le paquet de musique resté en dépôt chez Giacomelli et auraient servi au concert projeté dont l’éventualité ne s’est pas rencontrée alors. Depuis on a exécuté plusieurs de mes ouvrages en Allemagne et en Hongrie, mais d’ordinaire sur des copies ; dernièrement deux de mes éditeurs ont bien publié des parties d’orchestre mais j’ignore si celles de l’Orphée sont du nombre.

Du reste, ce morceau est d’un caractère particulier qui risque fort de ne point plaire en général. Il n’a, pour ainsi dire, qu’une respiration idéale, sans facture ni effet. Quoique très court, il semble trainant, ennuyeux ; pourtant je n’ai point à me plaindre que le public le traite plutôt en pillule qu’en perle.

Veuillez transmettre à M. Pasdeloup [le chef d'orchestre et pianiste Jules Pasdeloup (1819-1887)], mes sincères remerciements pour le bienveillant intérêt qu’il me témoigne. Je n’oserais l’engager à propager mes ouvrages, vu les difficultés et désagrément de la tâche ; mais si, comme vous me l’assurez, il y persiste sérieusement, je vous prie, cher Belloni, d’écrire en qualité de mon ancien et très honoré secrétaire, à M. C. F. Kahut, éditeur de musique, Neumarkt – Leipzig, lequel vous facilitera le prêt ou l’acquisition des partitions et parties d’orchestre, soit copiées ou gravées, que vous lui indiquerez. Quant à moi, je n’en possède plus une seule feuille depuis longtemps, et je me suis fait une règle de ne point m’occuper directement de leur expédition.

Mille choses cordialement affectionnées et dévouées

F. Liszt

Rome, 18 octobre 71

Pendant trois semaines encore je reste ici, et arriverai à Pest [en Hongrie] avant la mi-novembre".

4800,00

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