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REF: 8286

Longue relation d’une mission au Soudan sur la traite des Noirs et la chasse.

Benoit Garnier (Saint-Cyprien-Andrezieu, 1822/1883)
Explorateur et diplomate, premier drogman à Alexandrie (1855), commissaire du gouvernement à Madagascar (1867-1871), consul général à Batavia (1879) et Calcutta (1882). Il légua tous ses biens à l'Académie des Inscriptions (dont sa riche bibliothèque) et créa, suivant son testament, une fondation à son nom destinée à financer l'exploration scientifique en Afrique et en Asie. Il a donné son nom à une plante malgache : Gladiolus garnieri.

Type de document : lettres autographes signées

Nb documents : 4 - Nb pages : 40 - Format : In-8

Lieu : Alexandrie, Kassala (province de Taka, Soudan Egyp

Date : avril 1864 – octobre 1865

Destinataire : Sans

Etat : petits défauts sans gravité sur deux lettres

Description :

Longue et très intéressante correspondance de Benoit Garnier sur sa mission au Soudan, la chasse aux animaux sauvages, et l'enquête menée sur la traite des Noirs en Afrique de l'est. Chargé d'une mission dans le Soudan, Benoît Garnier recueille une remarquable collection d'animaux sauvages (onagre, mouton du Nil Blanc, Bouc de Kordofan, singe d'Albara, etc.) pour la Société d'Acclimatation de Paris, qui le récompensera de sa collecte en lui accordant sa grande médaille d'or (1866). «[...] Dans ce berceau du despotisme, on jouit d'une liberté illimitée. Pas de gendarme qui vous empêche de passer où bon vous semble, d'abattre le gibier là où il se montre : indépendance complète et si quelqu'un vous gêne, vous le fourrez en prison. A la bonne heure ! Parlez-moi de ça. Aussi, mon parti est-il bien arrêté : si je foule encore le sol de la patrie, ce ne sera qu'en passant ; mais c'est sur le sommet du Liban, dans la vallée d'Antioche, sur le chemin de Bagdad, que je planterai définitivement la tente [...]. Voilà trois mois et plus que je marche tantôt en barque, tantôt à dos de chameau, et dire que je n'ai point encore atteint la région des girafes, ni celle des éléphants ! Ce gibier se tient à l'écart, et c'est un peu loin qu'il faut aller le chercher. Je crois néanmoins que je chauffe et qu'à dix ou quinze petites journées d'ici je trouverai à qui parler. Jusque là, tout me promet une chasse aussi abondante que variée. En approchant de Kassala, j'ai rencontré de jolies antilopes, le Déodie, de la taille du renard, qui pullule sur la route que je dois suivre ; l'Auriol, autre antilope, haut comme un veau, qu'on me dit être aussi très commun dans ces parages, et j'ai vu une peau de Téthil, grande espèce de Dama qu'on trouve à tous les détours des chemins. Je n'en finirais pas si je vous énumérais toutes les variétés de beaux animaux qui habitent le pays où je vais entrer sans compter les gazelles, les pintades, les francalères, les antarides dont je fais ma nourriture journalière. Bref, mon cher ami, sous le rapport de la chasse, je n'ai rien à désirer que deux ou trois bons compagnons de route pour participer à la curée. Malheureusement parmi les 15 ou 20 individus mis à ma disposition par Son Altesse, je n'ai pas trouvé un homme sachant charger un fusil, et mon domestique particulier est le seul qui sache se servir du sien. En fait d'armes, je ne suis pas trop mal monté. J'ai pu me procurer au Caire 3 carabines à éléphant de Deviem, calibre n°8, portant des balles de 4 onces ; 2 carabines calibre 16 [...]. A mon retour à Kartoum, j'aurai à m'occuper d'une enquête bien autrement intéressante sur la traite des nègres du Nil blanc. Le vice-roi, dans le but d'empêcher cet odieux commerce, a pris des mesures qui ont naturellement soulevé des réclamations de la part de tous les traiteurs du Soudan. Il s'agit d'examiner ces plaintes et d'éclaircir l'opinion afin qu'elle en apprécie la valeur. Vous comprenez tout l'intérêt que cette mission peut avoir pour moi si je sais la remplir. Vous pouvez m'y aider, mon cher ami, en me mettant en rapport avec des sociétés d'émancipation qui doivent exister aussi bien en France qu'en Angleterre. Ce n'est qu'en faisant du bruit qu'on appelle l'attention publique et une fois ces sociétés lancées sur cette piste, elles ne manqueraient pas de faire un tintamarre qui sera d'autant plus agréable aux oreilles du vice-roi qu'on le proclamera émancipateur et protecteur des nègres [...]. A propos de société, je n'ai gardé d'oublier la nôtre d'acclimatation dont notre chef de file est je crois président. Je vais lui adresser une liste (?) qui le remplira de joie par l'annonce des rares animaux dont j'ai déjà une intégrale collection. C'est bien le diable si après avoir pris tant d'espèces dans l'intérêt de l'humanité je ne redescends point le Nil avec une provision de consul dans ma poche. Je suis déterminé d'ailleurs à les atteindre dans le Soudan [...]. Je pars demain pour les frontières de l'Abyssinie [...]. Je vous remercie de m'avoir mis en rapport avec the anti-slavery society. Dès que j'aurai un moment à moi, car je suis toujours fort occupé, j'appellerai son attention sur le Nil blanc par le récit succinct des scènes dont il est le théâtre. Plus tard arriveront mes procès-verbaux qui sont la constatation des faits. J'en suis à ma cinquième ou sixième affaire [...]. Pour donner un peu de couleur locale et de variété à mes résumés, je me proposais cet automne de remonter le fleuve jusqu'à Gondokoro, au 4è degré, siège des principaux établissements négriers [...]. J'ai même été sur le point de rédiger un projet de consulat à Meuland qui me souriait fort lorsque j'étais dans le Taka ; personnel : consul, 1 élève, 1 médecin (celui du Caire ou de Damas), 2 préparateurs naturalistes, fournis par le Muséum ; fonds : le budget du consulat de Djedda, de l'agence de Massawa et du poste de 1er drogman d'Alexandrie dont je me faisais fort de démontrer l'inutilité ; champ d'observation : le Soudan et l'Abyssine ; instructions : liberté de manoeuvres. Sur le point de développer mon idée, j'ai été retenu par la crainte qu'on ne me prît pour un faiseur de projets à mon compte. Cependant, si le Soudan était mis sur le tapis, je reviendrais à ma conception, la regardant comme la seule applicable à ces contrées et en même temps la plus économique. C'est sans doute pour me vexer que vous me parlez de Gérard et d'autres grands chasseurs de renom. Je ne manquais pourtant pas de bonne volonté, ni de résolution, mais ce qui m'a fait défaut c'est le gros gibier qui dans la saison sèche, celle précisément où j'ai voyagé, se retire dans les montagnes proches de la source des cours d'eau. Buffles, éléphants, rhinocéros tout cela avait décampé et les traitres ne m'ont laissé que leurs traces à contempler. Les distances sont si longues, les moyens de locomotion si lents, qu'il m'eut fallu plus de temps que je ne pouvais en disposer pour aller les relancer. J'en ai été d'autant plus mortifié qu'il y a deux ans, un anglais, Mr Baker, qui vient de compléter les découvertes de l'infortuné Speke, avait passé dans ces régions une saison de chasse et y avait fait un grand massacre de grosses pièces [...]. Chaque jour j'abattais deux ou trois belles antilopes de haute taille que nous dévorions à belles dents, tandis que mon domestique nous approvisionnait d'outardes, de francolins, de pintades et de lièvres qui foisonnent [...]. Si par aventure j'étais nommé au Soudan, j'établirai ma résidence d'été à Kérou, chez les Costanes, à 3 ou 4 journées de Massawa, et je m'installerais assez confortablement pour vous offrir une hospitalité que vous ne pourriez pas vous dispenser d'accepter. Il est d'ailleurs très possible que, nommé ou pas, j'y retourne, attendu que ma mission une fois terminée, je ne me soucierai nullement d'aller reprendre mes fonctions de drogman en Egypte [...]. Allons ! voilà le vent qui souffle ; dans un instant nous serons plongés dans une obscurité profonde et couverts de plusieurs pouces de sable fin ; tous les jours, dans l'après-midi, c'est la même chose. Heureux quand cela ne dure pas jusqu'au matin [...]». Dans une dernière lettre de 21 pages, il revient très en détails sur les circonstances de la mission qui lui a été confiée et la manière dont il l'a menée, véritable rapport de mission. Il exprime aussi toute son amertume après une si longue expédition, et termine son récit par le massacre de tous les Européens qui s'est produit à Kassola.
Joint : une L.A.S. écrite au début du siège de Paris (8 septembre 1870, sur l'avancée des troupes prussiennes, 2 pp. in-8) et une lettre d'un ami évoquant son souvenir (1883).

1800,00 1260,00

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