Victor Hugo confie à Lacretelle sa foi profonde dans l’avenir de la civilisation et de la France
Victor Hugo (Besançon, 1802/1885)Février 1849. Victor Hugo siège à l'Assemblée nationale et participe activement à la marche de l'Histoire. La France vit des heures incertaines, mais il a foi en son avenir.
Il le confie à l'historien Charles de Lacretelle, son confrère de l'Académie, un sage de 36 ans son ainé, qui s'est retiré dans sa résidence de Bélair, près de Mâcon.
« Vous voyez les choses, mon vénérable ami, avec ce coup d’oeil sûr et calme des esprits habitués à contempler et à méditer. Les hommes comme vous commencent par juger et finissent par aimer. En vieillissant l’historien s’attendit et devient un sage. Votre sévérité même est empreinte de bonté. Vous absolvez les choses parce que vous comprenez les hommes.
Cependant cette placidité sereine n'ôte rien à votre chaleur d’âme et quand nos sottises et nos folies sont dignes de colère, votre réprobation est d’autant plus pesante aux mauvais hommes et aux mauvais amis qu'elle vient d’un esprit bienveillant. L’histoire que nous faisons ne mérite pas un historien comme vous. Aussi je vous félicite de passer doucement votre vie dans vos champs à rêver et à faire des vers.
Envoyez moi de temps en temps, à moi lutteur, un de ces mots qui veulent dire : Courage ! Le combat n’est pas fini. Nous aurons encore besoin de force et de résolution, nous qui sommes dans la mêlée. Quant à moi, j’ai le coeur à la fois plein de crainte et d’espérance. J’ai une foi profonde dans l’avenir de la civilisation et de la France, mais je ne me dissimule pas les chances de la tempête. Nous pouvons sombrer comme nous pouvons aborder ; je crois à deux possibilités : un naufrage horrible, un port magnifique. Que Dieu nous mène ! Mais aidons Dieu.
Je suis heureux de penser que vous me suivez du regard. Tous les miens aiment tous les vôtres. Mettez, je vous prie, mes plus tendres respects, aux pieds de madame de Lacretelle et croyez moi à vous, bien à vous, ex imi corde [de tout coeur].
Victor H » .
Lettre partiellement publiée (sans le dernier paragraphe) dans les Oeuvres posthumes - Correspondance (Calmann-Lévy, 1896-1902), vol. 2, p. 87-88, puis dans la Correspondance de Victor Hugo (Albin Michel, 1950), tome 2, p. 02-03.
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