Lettre de Franz Liszt à la Princesse de Caraman-Chimay
Franz Liszt (Raiding, 1811/1886)Franz Liszt a quitté la scène parisienne et vit alors à Rome, où il s'est installé au Monte Mario, près du Vatican ; il fréquente les cercles aristocratiques et ecclésiastiques de la Ville éternelle.
La Princesse Marie-Joséphine de Caraman-Chimay fut son élève. Née Montesquiou-Fézensac, issue de la grande noblesse française, elle épousa le Prince Joseph de Caraman-Chimay (1836-1892), diplomate belge et archéologue amateur, en poste à Rome du 27 juin 1864 à 1868. Ensemble, ils tiennent à Rome un salon où se croisent musiciens, prélats et antiquaires. Ayant tout-deux reçu une éducation musicale, il leur arrive de donner des concerts privés, lui au violon et elle au piano. Franz Liszt, qui assiste à l'un d'eux, leur dédie une messe en souvenir d'une de ces soirées.
Le Prince de Caraman, passionné d'archéologie chrétienne, a organisé une visite dans les catacombes de Rome. Liszt y était convié. Il n'est pas venu. Croyant le projet abandonné, il est resté au Monte Mario, plongé dans ses partitions. On perçoit, sous la légèreté de ton de cette lettre, leur ancienne complicité.
« Je suis horriblement en faute - et bien plus encore en perte - d’avoir manqué la visite aux catacombes jeudi. Il me semblait que ce projet ne tenait plus, malgré ce qu’en avait dit le Prince de l’archéologie chrétienne, M. de Rossi, au fameux jeudi de monseigneur Nardi (de mélomane mémoire !) - et en désespoir de jeudis en jeudis. Je suis venu sottement m’enterrer ici, au Monte Mario, dans mes catacombes de paperasses musicales ! Permettez moi madame la princesse de vous remercier de votre gracieux souvenir et d’espérer que vous serez assez indulgente pour ne pas frustrer désormais dans ces très enviables privilèges « d’abonnement » votre très humble serviteur,
F. Liszt
Je compte sur le plaisir de retrouver le prince de Caraman chez d’H et le remercierai de son aimable attention. »
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