Paterne Berrichon cherche à éditer 2 livres de Verlaine et détaille le projet d’un ouvrage morbide
Paterne Berrichon (Issoudin, 1855/1922)Après un séjour en Belgique, Paterne Berrichon doit songer à rentrer, tant sa situation est difficile. "Malgré la conquête de quelques sympathies, je suis toujours bien isolé ici, et tirant horriblement le diable par la queue". Il prévoyait de partir à pied, mais le mauvais temps l'oblige rentrer en chemin de fer et il est en quête d'argent. "Réussirai-je? Comme suprême ressource j'ai le consulat français, mais c'est emmerdant. Enfin, au petit bonheur du malheur! J'eusse pourtant voulu séjourner encore un peu à Bruxelles afin de mener à bien l'édition de deux livres de Verlaine et d'un mien, ce dernier devant me mettre en poche les sous qui me seraient utiles pour mon débarquement à Paris".
Il a passé deux jours à Gand avec Maurice Maeterlinck "dont Antoine va jouer la Princesse Maleine et Les Aveugles. L'homme a été charmant et la ville est curieuse, ville morte, suant le mysticisme et la légende et qui m'a donné la raison du talent de primitif du poète. Vu là aussi un sculpteur curieux (Mine je crois) et d'une esthétique identique".
Il en vient ensuite à exposer l'ouvrage qu'il voudrait voir édité. "Si ça t'intéresse, mon bouquin a pour titre : Sang dans la boue et vers la mort, se subdivise en trois parties : 1° Choses de Honte et de Révolte (la boue) que j'intitule picturairement : manière noire; 2° Choses d'Amour un peu bien sadique (sang) que j'intitule Sanguines et, enfin, choses d'Hôpital (vers la mort) que j'intitule encore manière noire. Ainsi composé, avec un frontispice de Paul Verlaine, mon portrait par moi sur fond de muraille grillée qu'éclaire la lune mi-éclipsée par un triangle très opaque et titubant, cette épigraphe sur la couverture : "à ceux qui diront : ce livre a quelques chose de suburbain qui répugne, on répondra qu'effectivement l'auteur ne fait pas le lit du roi" Pétrus Borel, et la dédicace à mon frère jumeau disparu, mon bouquin a quelque chose de sinistre qui ne me déplaît point en vue de son très problématique succès pour lequel ce quelque chose m'apparaît un atout [...]". Il va lui envoyer le récit de son voyage et lui demande de bien garder les manuscrits en lieu sûr : "ce ne seront que des brouillons écrits au courant de la pensée sans préoccupation technique de littérature encore que matériaux d'oeuvre littéraire [...]".
[Paterne Berrichon publia, en 1896, Le Vin maudit, petits poèmes, avec un frontispice de Paul Verlaine]
800,00€


