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REF: 16022

Marcel Proust confie son inquiétude à Louisa de Mornand au sujet de la santé de Louis d’Albuféra

Marcel Proust (Paris, 1871/1922)
Écrivain français, auteur d'À la recherche du temps perdu, publié de 1913 à 1927.

Type de document : lettre autographe signée

Nb documents : 1 - Nb pages : 4 - Format : In-8

Lieu : Paris

Date : [peu après le 4 mars 1907]

Destinataire : Louisa de Mornand (1884-1963), actrice

Etat : petites fentes au pli central

Description :

Lettre de Marcel Proust à celle qui lui inspira le personnage de Rachel dans À la Recherche du Temps Perdu. Rencontrée vers 1903, il lui dédie La Bible d'Amiens de John Ruskin, dont il a assuré la traduction et la préface.

Lettre écrite dans un style tout à fait proustien, au sujet d'une méprise du facteur, de la santé de Louis d'Albuféra et de l'achat d'une cantine.

"Votre adorable lettre délicieuse m'arrive seulement, parce qu'elle était adressée 182 boulevard Haussmann [au lieu de 102] où je suis totalement inconnu comme presque partout d'ailleurs. Peut-être ma petite Louisa avait-elle eu l’intention de mettre 102, mais alors au dessus du 0 sa main machinalement avait fait une petite queue (je veux dire une petite boucle) et le stupide facteur a vu là un 8 destiné à me priver de ces admirables choses, mensongères, par charité et bonté, que vous me dites divinement [allusion aux compliments que la destinataire a dû lui écrire à propos de son article dans Le Figaro du 1er février, Sentiments filiaux d'un parricide]. Mais enfin au bout de deux jours la pensée lui est venue que c'était peut-être un 0 et mon heure de félicité retardée a sonné."

Il s’inquiète pour la santé son ami Louis Albufera [dont Louisa de Mornand fut la maitresse de 1903 à 1906] qui souffre d’une fièvre typhoïde « J’ai reçu des nouvelles un peu meilleures de Louis, où il espère que sa fièvre sera vaincue dimanche. Tout cela est bien étrange. Cette fièvre si persistante, si forte, et que ce médecin (qui m’a l’air d’un âne) sait d’avance devoir tomber dimanche. A moins que cela ne soit une maladie à cours fixe, mais laquelle ? Enfin j’aurais un fort poids en moins sur le cœur quand il sera guéri. Je ne dors plus du tout. Et si je m’endors je rêve qu’il souffre. Vous connaissez ces rêves qui réveillent tout de suite.

Ma chère petite Louisa, si vous étiez la bonté même, sans perdre une seconde vous me diriez ce que je vous dois pour la cantine. Vous savez qu’il n’y a pas à discuter avec l’énervement, on est quelquefois énervé par des choses très bêtes, cela m’énerve de n’avoir pas encore payé cela, je vous en prie, dites le moi sans me faire languir d’avantage. Autre chose, je voudrais faire pour mon frère une chose du même genre, mais mois couteuse. Est-ce possible tout en restant dans le même genre (en prenant un metal moins cher par exemple) et en gardant l’espèce de plaque ciselée qui est sur le dessus. Croyez-vous que les cantines pour prendre le thé de chez Kirby Beard soient aussi bien. Vous me direz tout cela par téléphone ou vous ne me le direz pas, comme vous voudrez, mais pour le prix, si sans tarder vous pouviez me l’écrire sur un bout de papier, sans mot, sans vous fatiguer, vous me feriez bien plaisir pour que je puisse quitter cette petite dette que j’ai contractée envers vous. Votre Marcel".

Provenance : vente du 28 novembre 1928, Deux correspondances Marcel Proust : Laure Hayman et Louisa de Mornand, n°40 du catalogue, expert Georges Andrieux.

Philip Kolb, Correspondance de Marcel Proust, Tome VII, n°48, pp. 94-96.

Sur papier de deuil.

4200,00

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