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Magnifique correspondance de 7 lettres de Reverdy, au peintre Roger Brielle

Pierre Reverdy (Narbonne (Aude), 1889/1960)
poète surréaliste.

Type de document : lettres autographes signées

Nb documents : 7 - Nb pages : 20 pp. - Format : In-4 et in-8

Lieu : S.l.

Date : 1945-1946

Destinataire : Roger Brielle (1899-1960), peintre

Etat : Bon

Description :

Ensemble de sept lettres de Pierre Reverdy (2 incomplètes), adressées au peintre Roger Brielle, qui illustra, la réédition des Sources du Vent, de Reverdy, en 1946.

Magnifique correspondance, pleine de misanthropie, faite de réflexions sur les hommes, la spiritualité, le Christ, etc. Les deux amis discutent également de leurs travaux, de leurs troubles communs, de poèmes à illustrer (probablement Poèmes du Vent), etc.

"Je me réjouis pleinement du coup de chance sauvage qui vous advient. Je sais ce que cela peut composer de contraintes quand on a plutôt une tendance à reculer devant l'obligation de faire quoi que ce soit. Mais enfin c'est aussi un stimulant au travail. Dans le succès ce qui est excellent c'est précisément qu'on a encore rien trouvé de mieux comme raison d'être et de faire. Car vraiment à quoi bon continuer à s'exprimer au milieu de l'indifférence du désert. Si l'on doit être et rester indéfiniment le seul à jouir de sa propre expression à quoi bon s'exprimer. Le silence bien plus digne suffit. Non ce qui justifie l'effort c'est d'atteindre un but au delà de soi et voilà que le moyen vous en est offert, la porte grande ouverte. C'est magnifique. Maintenant, pour ce qui est de notre petite affaire, ça ne va pas comme ça. Si vous vous en désintéressez moi bien plus encore. C'est pour vous que j'acceptais. Ces questions d'édition m'ennuient prodigieusement. Il a été question de textes en prose - des notes - parce qu'il n'y a pas de poèmes faits et que Rouvre veut publier au printemps je crois. Mais il n'y a qu'à attendre qu'il y ait des poèmes - ou laisser tomber tout cela, doucement [...]". Il remercie ensuite Brielle pour l'envoi de ses propres poèmes, mais lui conseille de s'en tenir à la peinture, son talent le plus sûr. "Je n'ai pas pu rencontrer De Rouvre ni faire d'ailleurs tout ce pour quoi j'avais entrepris ce voyage. De Rouvre m'écrit au sujet de ce livre. Par téléphone il m'avait proposé de lui donner des notes en place de poèmes puisque je n'en avais pas d'écrits. Je lui ai demandé de s'entendre avec vous. Dans sa lettre il me propose 10%. Je n'ai pas l'intention de faire de cette publication une affaire. Mais je trouve que c'est peu. Il me semble que 15% à chacun de nous deux serait plus raisonnable [...]

"Ah! J'aurais tant voulu et préféré et dû être peintre. La littérature n'est pas mon fort [...]"

"[...] Il faudrait peut-être dire d'ailleurs ce qui serait plus juste que le coeur de l'homme s'est plutôt amolli. Et que malheureusement cet amollissement n'en a pas pour autant exclu la cruauté. On peut être dûr sans être cruel. On peut par contre être mou et cruel. Et je crois que cette mollesse et cette cruauté sont les composantes du coeur et de l'esprit de l'homme actuel. Il faut y ajouter l'infâme et stupide égoïsme que masque l'officielle parade de la solidarité. Bref le mensonge n'a jamais été si gros ni aussi éhonté que de nos jours [...]. Je ne peux pas arriver à comprendre que l'humanité ait accepté une aussi dégradante manière de servir son besoin de s'étaler sans perdre le contact [...]. C'est un véritable cauchemar et du temps de l'occupation j'ai gardé le souvenir de scènes qui ont contribué à me faire pour jamais désespérer de l'homme [...]. C'est pourquoi l'idée de quitter ma solitude, pourtant très dure, m'emplit d'un indéniable malaise. Je suis heureux que vos toiles ne vous aient pas attristé, accrochées elles aussi parmi la foule. Les expositions générales me sont odieuses. Enfin je ne suis pas du tout de ce temps. Je suis venu au monde trop tôt et trop tard - comme l'autre [...]".

"Oui, je crois que le premier projet est mieux. Ce sont des poèmes qu'il faut illustrer et non pas des textes critiques, ça ne rime à rien. Ça retardera un peu mais quoi nous ne sommes pas pressés. Hélas, donner une image du Christ, c'est toute l'erreur du catholicisme. De celui qui est venu demander de se détacher de la terre il a fait un personnage plus humain que divin, plus matériel que spirituel. Ce n'est pas une image qu'il faut avoir du Christ, c'est une idée et à la rigueur un sentiment [...]. De toute façon, pour ce qui importe vraiment, la représentation formelle de cet être singulier, qui est venu bouleverser l'ordre du monde d'un tel choc que nous en ressentons encore aujourd'hui et peut-être plus douloureusement que jamais la secousse, est hors de question. Il a laissé une religion trop dure à suivre et on l'a déformée. Une religion trop simple et trop difficile pour que les hommes turbulents et retors ne s'ingénient pas à la dévoyer. Et depuis 2000 ans qu'ils s'y attachent le résultat est assez inattendu, le communisme athée et la déification de l'homme comme s'il y avait vraiment lieu. Après tant d'autres déformations non moins injustes et monstrueuses d'ailleurs car l'ordre social terrestre n'est jamais établi que grâce à l'injustice, au mensonge et à la cruauté. Le monde antique était dur, la beauté antique est dure, la beauté grecque elle-même purifiée, idéalisée, spiritualisée est dure sans aucune tendresse en tout cas. La pureté n'est pas tendre, l'idée n'est pas tendre, le christianisme attendrit l'humanité. Il ne l'a pas rendue foncièrement meilleure, mais il a apporté la tendresse. Or le Christ n'est pas tendre, il est juste [...]. Que les hommes pensent encore se réclamer du Christ, c'est une immense rigolade. Pourriez-vous me dire avec quel genre de plume vous écrivez. Je cherche un outil pour un manuscrit et rien ne me satisfait et votre écriture me frappe [...]"

"[...] Je vomis pour ma part et de plus en plus l'hypocrite morale bourgeoise, et tout ce qui d'ailleurs permet à la société de tenir debout comme elle tient - et même je crois - ceci tout entre nous - que je vomis aussi l'homme en général et en particulier. C'est d'autant plus pourquoi j'ai besoin de vivre moi-même d'après une morale de plus en plus serrée. Ma morale à moi [...]".

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