Bartholdi s’inquiète du retard des Américains à la construction du piédestal de la Statue de la Liberté
Auguste Bartholdi (Colmar, 1834/1904)Alors qu'en France les travaux d'édification de la Statue de la Liberté suivent le calendrier fixé, les Américains, chargés de la construction du gigantesque piédestal qui doit accueillir la statue, ne semblent pas montrer le même entrain, la récolte des fonds nécessaires à la construction sont insuffisants, ce qui inquiète profondément Bartholdi, qui s'en confie à son ami Georges Glaenzer, secrétaire de la Commission Française de souscription à la Statue, lui demandant d'agir auprès des autorités américaines.
"Mon cher ami, Vous savez combien de peine j’ai à aiguiser ma plume anglaise, faites-moi le plaisir de dire à M. Butler [Richard Butler (1831-1902) le secrétaire du Comité américain pour la Statue de la Liberté] que le Comité m’a chargé d’envoyer aujourd’hui une lettre officielle à M. Evarts [William M. Evarts (1818-1901) président du Comité de souscription chargé de la récolte de fonds pour la construction] pour exprimer ses préoccupations. Il y a eu grande réunion et les articles de journaux légèrement pointus que l’on a commencé à faire ont agité tous ces messieurs. La lettre adressée à messieurs les membres du Comité de New York doit être livrée à la publicité dans quelques temps, afin de dégager la responsabilité du comité vis-à-vis de l’opinion publique ; seulement on ne la fera connaître que le mois prochain ; afin de pouvoir la faire suivre de près par la réponse du Comité américain et pour que les journaux ne puissent pas en faire une scie !
Bref il est grand temps pour les américains d’agir, le Comité veut saisir notre gouvernement de la question du transport officiel et vous comprenez que s’il y a le moindre doute sur les sentiments ou sur les actes des américains, les journaux s’empresseront de nous tracasser.
Le moment est très décisif car nous allons avoir fini à l’époque voulue, beaucoup de monde vient voir les travaux ou en parle et le bruit ne fera que s’accroitre.
Priez immédiatement votre cher beau-père de signaler l’importance de cette situation et de nous faire répondre une lettre que nous puissions livrer aux gouvernements.
J’espère cher ami que ma lettre vous trouvera tous en bonne santé ; ma femme nous prie d’être l’interprète de ses affectueuses amitiés auprès de Mesdames Glaenzer et Butler, joignez-y tous mes hommages avec l’expression cordiale de mes sentiments affectueux pour votre cher beau-père comme pour tous autour de vous, de vous y compris les bébés. Votre dévoué.
Bartholdi
PS : Est-ce qu’on ne pourrait pas appeler l’intérêt du gouvernement si les souscriptions sont insuffisantes"
4800,00€
