REF: 16031

Précieux feuillet manuscrit du Xe siècle d’une homélie du moine bénédictin Raban Maur rédigé vers l’an mil

Type de document : manuscrit

Nb documents : 1 - Nb pages : 2 - Format : 33,6 x 24,7 cm

Lieu : Sans

Date : fin du Xe (ou début du XIe siècle)

Destinataire : Sans

Etat : petites tache anciennes sans gravité

Description :

RABAN MAUR. Homélies XIV (pour le vendredi de l’octave de Pâques) et XV (pour le samedi de l’octave de Pâques).

Feuillet manuscrit sur parchemin en latin (24,7 x 33, 6 cm), encre brune, copié recto verso, sur 2 colonnes, datant d’un peu avant l’an mil, provenant d’un remploi dans la couverture d’un registre paroissial du XVIIe s. (quelques mots frottés et difficilement lisibles à la pliure et en pied du recto, quelques taches).

Rare feuillet portant le texte des homélies pour l’octave de Pâques rédigées par Raban Maur, moine bénédictin et théologien allemand (vers 780- 856). Le feuillet que nous présentons comprend une partie de l’homélie XIV sur l’Évangile de Saint Matthieu (XXVIII, 19) et une partie de l’homélie XV sur une lettre de Saint Pierre (I Pierre 2) (Migne, Patrologie latine, CX, col. 166-167). La confection de ces homélies correspond au développement du genre de la prédication dans le cadre de la réforme politique et religieuse de la société promue par les souverains carolingiens (voir Chevalier-Royet 2015). Raban Maur entreprit ce recueil d’homélies à la demande expresse de l’empereur Lothaire entre 847 et 855 alors qu’il est archevêque de Mayence.

Bel exemple de minuscule caroline. L’analyse paléographique permet de dater le manuscrit des alentours de l’an mil (on peut comparer avec un feuillet du De adventu Christi de l’évêque Godescalc reproduit par Kirchner, Scriptura latina libraria, Oldenbourg, 1955, n° 41). Il s’agit manifestement d’un manuscrit d’origine allemande si l’on en juge par la translittération de certains mots latins (consummatio écrit consummacio, leccio pour lectio, inquid pour inquit). Les extraits des évangiles respectifs sont copiés en capitales.

Le manuscrit comporte quelques variantes par rapport au texte édité par Migne. Notons qu’il améliore Migne sur un point : dans l’homélie XV, au lieu de recensiti infantes, notre manuscrit présente la leçon recens editi, qui est bien meilleure.

TEXTE

(Homélie XIV)

recto (col. 1)

(…) ERGO DOCETE OMNES GENTES BAP-

TIZANTES EOS IN NOMINE PATRIS

ET FILII ET SPIRITUS SANCTI.

Primo docent omnes gentes deinde

doctos intingunt aqua. Non enim

potest fieri ut corpus baptismi

recipiat sacramentum nisi antea

anima fidei susceperit veritatem.

Baptizantur autem in nomine

Patris et filii et spiritus sancti ut quorum est

Una divinitas sit una largicio.

Nomenque trinitatis unus deus est.

DOCENTES EOS SERVARE OMNIA

QUAECUNQUE MANDAVI VOBIS.

Ordo praecipuus jussit apostolis

ut primum docerent uni-

versas gentes. Deinde tingerent

sacramento et post fidem ac

baptisma quae essent observan-

da praeciperent. Ac ne pute-

mus levia esse quae jusserint

et pauca. addit. Omnia quaecumque

mandavi vobis. Ut qui credi-

(col. 2)

derint  qui in trinitate fuerint

baptizati omnia faciant quae prae-

cepta sunt. ECCE EGO VOBICUM SUM

OMNIBUS DIEBUS USQUE AD CONSUM-

MACIONEM SAECULI.

Qui usque ad consumacionem saeculi

Cum discipulis se futurum esse promit-

tit et illos ostendit semper esse

victuros et se numquam a credentibus

recessurum. Qui autem usque ad con-

summacionem mundi sui praesen-

ciam pollicetur. Non ignorat

eam diem in qua die se scit futu-

rum cum apostolis. Quomodo dixit. Ecce

ego vobiscum sum usque ad consum-

macionem saeculi. Et iterum. Haec sunt

inquid verba mea cum adhuc

essem vobiscum. Hoc est cum adhuc

mortalis essem sicut et vos. Cum

illis enim erat praesencia corporis

non cum illis condicione morta-

litatis et modo nobiscum est

praesencia maiestatis et nobiscum

(Verso, col. 1)

non est presencia corporis [CONCOR/DIA]

istarum duarum in sacro-

sancto baptismate sit concordia

leccionum. Apostolus enim dicit. et vos

similis forme salvos facit bap-

tisma. Evangelium ait. Docete

omnes gentes baptizantes eos in no-

mine patris et filii et spiritus sancti. Qui

crediderit et baptizatus fuerit

salvus erit. /SABBATUM IN OCTA-

BAS (sic) PASCHAE. LECTIO EPISTULAE BEATI PETRI

APOSTOLI. FRATRES DEPONENTES OMNEM

MALITIAM ET OMNEM DOLUM

ET SIMULACIONES ET INVIDIAS.

ET OMNES DETRACCIONES. SICUT

MODO GENITI INFANTES RACIO-

NABILES SINE DOLO LAC CONCU-

PISCITE UT IN EO CRESCATIS IN SA-

LUTEM.

Qui renati estis inquid nuper et

filii dei per baptisma facti tales

modo estote per studium bonae

conversacionis quales sunt

(col 2)

recens editi infantes per naturam

innoxiae aetatis. Ignari mali-

ciae omnis et doli simulare invi-

dere detrahere. aliis huius-

modi viciis mancipari omni-

modis ignorantes. Qui sicut lac

in aeternum naturaliter deside-

rant ut ad salutem crescere, atque

ad panem comedentes pervenire

valeant. Ita et vos simplicia

rudimenta fidei primo de

Ecclesiae matris uberibus

Quaerite hoc est de utriusque

testamenti doctoribus qui divi-

na eloquia vel scripsere, vel

etiam viva voce nobis praedicant

ut bene discendo perveniatis

ad refeccionem panis vivi

qui de caelo descendit. hoc est

per sacramenta dominicae incarna-

cionis quibus renati

estis  et quibus nutrimini, perveni-

atis ad contemplationem (…)

TRADUCTION

(Homélie XIV)

recto (col. 1)

(…) donc enseigner à tous les peuples

En les baptisant au nom du Père,

du Fils et du Saint Esprit.

Premièrement, ils enseignent à tous les peuples, et après

ils aspergent d’eau ceux qui ont appris. Il n’est pas

possible que le corps

reçoive le sacrement du baptême

si auparavant l’âme n’a pas accueilli la vérité de la foi.

Or ils baptisent au nom

du Père, du Fils et du Saint Esprit pour que soit reçue

en un seul don cette unique divinité.

Et le nom de la trinité est un seul dieu.

Enseignez leur à conserver tout

ce que je vous ai commandé.

Le principal commandement ordonne tout d’abord aux apôtres

d’enseigner à toutes les nations. Ensuite d’imposer

le sacrement et après la foi et le baptême,

d’indiquer ce qui doit être observé.

Et ne pensons pas

que ce qui a été ordonné soit léger ou

de peu. Il ajoute : « Tout ce que je vous ai

commandé (col. 2) afin que tous

ceux qui croiront et qui auront été baptisés

dans la Trinité

fassent tout ce qui leur a été enseigné ».

Voici que je suis avec vous

tous les jours jusqu’à

la fin des temps.

Il promet qu’il sera avec ses disciples

jusqu’à la fin des temps

et il leur montre qu’ils vaincront toujours

et qu’il ne quittera jamais les croyants.

Il promet qu’il sera présent jusqu’à la fin

de son monde. Il n’ignore

pas le jour où il sera de nouveau présent

avec les disciples. Comment dit-il ? « Voici

que je suis avec vous jusqu’à la fin des temps. »

Et encore : « Ce sont là mes paroles,

dit-il alors que j’étais encore avec vous. » C’est-à-dire

quand j’étais encore mortel comme vous. En effet,

son corps était présent avec eux, mais il ne partageait

pas avec eux la condition de mortel

et maintenant il est présent avec nous en majesté

mais son corps n’est pas (verso, col. 1) présent. [CONCORDE]

Il faut qu’il y ait une concorde de ces deux lectures

dans le sacro-saint baptême.

L’Apôtre (Saint Paul) dit en effet :

« Vous aussi le baptême d’une forme semblable

vous sauve. » L’Évangile dit : « Enseignez

toutes les nations en les baptisant

au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Celui qui croira et sera baptisé

sera sauvé. »

(Homélie XV) - SAMEDI DE L’OCTAVE DE PÂQUES - LECTURE DE LA LETTRE DE SAINT PIERRE APÔTRE

Frères, en abandonnant

Toute malice et toute ruse

et les rivalités et les envies

et toutes les médisances, comme

des enfants nouveaux nés,

raisonnables et sans ruse,

désirez le lait par lequel

vous croîtrez dans le salut.

Vous qui êtes récemment nés à nouveau

Et êtes devenus fils de Dieu par le baptême

Comportez-vous ainsi comme tels

par l’étude d’un bon comportement

(col. 2)

à l’image des enfants nouveaux nés par la nature

de leur âge innocent, ignorants de toute malice

et fraudes, ne sachant pas jalouser, envier,

calomnier et obéir à tous les autres vices de cette sorte.

Comme ceux qui naturellement désirent,

de toute éternité un lait

qui les ferait croître dans le Salut,

et parvenir à manger le pain,

vous aussi ainsi recherchez d’abord aux seins

de votre Mère l’Église, les rudiments de la foi.

C’est-à-dire recherchez auprès de

ceux qui connaissent les deux Testaments

et qui soit ont écrit, soit nous prêchent de vive voix

la Parole divine afin qu’en apprenant bien

vous parveniez à vous nourrir du pain vivant

qui est descendu du ciel. C’est-à-dire

que par les sacrements de l’Incarnation de Notre Seigneur

par lequel vous êtes nés à nouveau

et par lesquels vous êtes nourris,

vous parveniez à la contemplation (…)

Bibliographie : Chevalier-Royet, « Des prédicateurs au service de la réforme de la société carolingienne : l’exemple des homélies de Raban Maur (vers 780-856) », dans Gouverner les hommes, gouverner les âmes, Éditions de la Sorbonne, 2016.

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