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REF: 15988

Manuscrit d’un article de Georges Clemenceau sur les élections de mai 1914

Georges Clemenceau (Mouilleron-en-Pareds, 1841/1929)
Homme politique. Il est l'un des grands artisans de la victoire de 1918. Elu à l'Académie française en 1920.

Type de document : manuscrit autographe

Nb documents : 1 - Nb pages : 4 pp. 1/4 - Format : In-4

Lieu : Sans

Date : [fin avril 1914]

Destinataire : Sans

Etat : Deux feuillets consolidés au dos

Description :

Article de Clemenceau intitulé "Les élections?", analysant le résultat du premier tour des élections législatives qui se tinrent les 26 avril et 10 mai 1914 qui donnèrent une légère victoire à la gauche et une progression des Radicaux de Clemenceau. Il se félicite en particulier du triomphe de l'abbé Lemire dans le Nord.

"La journée de dimanche nous apporte un très grand nombre de ballottages [...]. En dehors d'un grand mouvement d'opinion publique, qui n'existe pas en ce moment, le résultat était inévitable, vu le grand nombre de candidats. De dégager, même approximativement la signification politique du scrutin, au cas où l'on en pourrait saisir une qui fut suffisamment caractérisée, je ne crois pas que personne possède des éléments d'appréciation assez sûrs pour le tenter. Le premier mouvement de tous les partis est de chercher, et de trouver, des calculs, plus ou moins compliqués, qui les autoriseraient à se vanter d'un avantage. Des élections comme celles dont on nous présente le tableau sont particulièrement favorables à ce jeu [...]".  Il analyse le jeu des partis et s'en désole. "C'est ainsi que nous avons vu le Parti radical s'unifier pour se scinder et (s'insulter?) dans les votes plus plus importants. Il s'est même trouvé incapable de faire bloc pour la loi de trois ans [loi votée le 7 août 1913, allongeant la durée du service militaire, de 2 à 3 ans]. Ce n'est pas par cette méthode que l'on peut conquérir une grande autorité sur les regardants. Ce n'est pas ainsi surtout qu'on peut entrainer la masse électorale vers la conquête d'une position stratégique nettement déterminée".

Il commente quelques élections symboliques faites dès le premier tour, en particulier celle de l'abbé Lemire, dans le Nord [en décembre 1913, Mgr Charost, évêque de Lille, l'avais mis en demeure de supprimer son journal Le Cri des Flandres et de ne pas se représenter aux élections de 1914. L'abbé Lemire refusa et une manifestation eut lieu à la Chambre sur son nom : une majorité de gauche l'élit vice-président, fonction dont il se démit peu de temps après. Il est alors interdit par son évêque. C'est grâce à l'intervention du Pape à qui il a adressé une supplique qu'il obtiendra, en 1916, la levée des sanctions prononcées contre lui et contre son journal.]

"De la fédération des gauches et des modérés je crois que personne ne peut rien signaler de précis à l'heure actuelle. Je vois M. Gaston Cagnard [Cagniard] de la Petite République battu par le radical Magnaudé [Emile Magniaudé] et toutes les forces de la réaction dirigées par M. de Montebello n'ont pu venir à bout de notre ami Painlevé. M. Caillaux l'emporte à une très forte majorité. L'élection qui suscite le plus de commentaires est certainement celle de l'excellent abbé Lemire, qui revendique le droit de rester catholique et d'être républicain. Dans un pays où le catholicisme est fort ardent, le clergé a déployé contre le malheureux abbé républicain et ses amis, toutes les foudres de l'Église, depuis les peines en chair jusqu'au refus des sacrements. Ce n'est pas par une telle besogne que la République mettra les temples à la disposition des fidèles. Il n'importe. Le clergé du Pontife infaillible a voulu jouer là dessus sa partie. Il l'a jouée et perdue, autant que ses ennemis pouvaient le souhaiter. Une très forte majorité d'électeurs, dont la plupart sont certainement des croyants catholiques, lui ont énergiquement signifié que nos curés doivent borner leur ambition à régir le domaine infini du céleste séjour, sans s'inquiéter davantage du misérable gouvernement des choses humaines. La leçon ne profitera pas, mais elle aura été donnée dans des conditions qui ajoutent une saveur particulière. Qu'il me soit permis de m'en féliciter".

 

Ecrit au dos de feuillets à en-tête du Sénat. Ratures et corrections.

2500,00

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