Charles Nicolle perd son plus ancien collaborateur de l’Institut Pasteur de Tunis, Gaston Catouillard
Charles Nicolle (Rouen, 1866/1936)Deux lettres de Charles Nicolle sur le décès de son plus ancien collaborateur Gaston Catouillard, et celui d'un ancien camarade d'internat, son immense douleur et sa fatigue.
"Vous devinez à quel point la triste nouvelle du décès d'Emile m'émeut. Je ne me faisais guère d'illusions sur sa santé, bien que je n'aie jamais su exactement quelle était cette maladie. Cependant la certitude de sa disparition me peine fort. Tant de souvenirs de jeunesse nous liaient et notre affection si ancienne n'était pas seulement amicale, mais tendre. Jamais je ne pourrai oublier l'émotion de ses yeux lorsqu'il m'apercevait et la même émotion se lisait en même temps dans les miens. Que de souvenirs je vois douloureusement repasser dans ma solitude. De ceux qui me reviennent à présent, les plus anciens sont les plus pressants. Je le revois, je vous revois, chère et bonne amie, je revois votre mère, lors de nos premières rencontres rue Monsieur le Prince. Je revois aussi cette soirée où vous êtes venue me chercher et les heures où nous l'avons veillé pour un mal, heureusement cette fois, imaginaire. Peut-être un jour vous dirai-je ce que je pensais ce soir là.
Voici que les deuils plus que les joies nous rapprochent. Votre mère, Emile, Mme Lasneret et moi, ma mère. Que de chères images disparues. Que, par ces temps, les vivants deviennent plus chers [...]. Veuillez dire à Lasneret [l'architecte Alfred Lasneret (1863-1932), grand ami de Charles Nicolle, qui avait travaillé pour l'institut Pasteur] qu'un autre deuil m'a frappé il y a quatre jours. J'ai perdu mon plus ancien camarade de l'Institut Pasteur, Catouillard [le biologiste et parasitologue Gaston Catouillard (1877-1926)], qui était venu avec moi de Rouen à Tunis il y a près de vingt quatre années. Il le connaissait et jugera l'étendue de la perte et de cet autre chagrin [...]. Je vous embrasse tristement, vous et Lasneret, en souvenir d'Emile et pour nous mêmes".
Deux semaines plus tard, il écrit une seconde lettre. "Je vais écrire à M. Lafontaine ce que je sais sur la carrière d'Émile. Je ne sais pas grand chose en dehors des années d'internat. Nous étions beaucoup plus des amis affectueux que des collègues. Je voudrais que le temps adoucisse votre grande peine. Regardez du côté de vos enfants et petit-enfant. Un peu plus tard je vous écrirai plus longuement. Je traverse une période pénible par le travail qui m'incombe. Je n'ai jamais été si surmené et rarement aussi fatigué [...]".
950,00€



