Le grand manufacturier de Roubaix, Louis Motte-Bossut, témoigne des difficultés de son métier
Lettre de Louis MOTTE-BOSSUT (1817-1883), industriel du textile, fondateur de la filature Motte-Bossut à Roubaix (fermée en 1982).
Sur difficultés quotidiennes d'un grand industriel du textile dans le Nord. Il a reçu l'ouvrage de son correspondant et l'en félicite car lui-même est incapable d'un tel exercice. "[…] Faire de la littérature en amateur sans en attendre le pain quotidien me semble le plus agréable des états […]. Nous autres nous trainons terre à terre, nous poussons un sillon dans un sol rocailleux, à chaque pas nous nous heurtons contre des résistances qui tous les jours changent de nature. Aujourd'hui c'est la hausse de la matière motivée par l'émancipation des nègres qui ne veulent plus travailler ni produire, hier c'était la mévente, une autre fois ce sont des embarras matériels des machines qui se brisent, des générateurs qui manquent de puissance, puis tout semble vous sourire un instant, la demande renait, les prix sont rémunérateurs mais votre production est entravée par le manque de bras & sur la brèche du matin au soir, les idées absorbées par tous les soucis réels que je vous énumère, vous vous trouvez débordé par les événements, vous trouvez trop lourde votre charge & vous enviez la douce tranquillité d'esprit dans laquelle s'écoule l'existence du poète […]. L'automne est souvent agréable dans notre pays, l'hiver l'aspect de notre ville est désolant, la boue en est noire & visqueuse, le ciel de plomb, c'est une vraie ville anglaise. C'est triste à vous donner le spleen. C'est cependant la ville que nous habitons 5 mois et demi par an. L'été nous résidons à Lannoy […]".
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