Longue lettre de Leonor Fini sur la genèse de son tableau Heliodora
Leonor Fini (Buenos Aires, 1908/1996)Longue et superbe lettre de la peintre surréaliste sur la genèse de son tableau Heliodora.
Léonor Fini, en villégiature en Corse, débute par raconter la fugue de son chat : « Le chat est revenu exactement comme la B.L l’avait dit […]. Il est apparu avec son joli museau rond dans le trou d’un mur nous l’avons attrapé le séduisant avec des friandises ». Mais il a de nouveau fugué et est revenu cinq jours plus tard dans un état squelettique et blessé à une patte. « Le jour après il fut amené à Bastia et brutalement castré. Tout ceci m’a vraiment rendu malade avec crise de Cystite et gorge serrée comme avec une corde pensant 2 jours – la vie posée en dilemme – « le laisser libre et entier risquant mille dangers ou le mutiler » ? devient toujours hideuse. Maintenant : - grillage aux fenêtres – orienté vers la nourriture et les compliments – il devient quand même doux avec nous – il est de nature angélique comme beaucoup de chats. Mais toute cette histoire est infiniment mélancolique. Je suis soucieuse de mes chats de Paris. Téléphonez à la mage Merline (elle avait aussi dans ses tarots vu le chat qui “rentrait” vers le soir - exacte) […] ».
Puis, après avoir donné des nouvelles d’Hector Bianciotti, elle évoque la création de son nouveau tableau Héliodora.
Stanislao [Lepri (1905-1980), peintre fantastique italien] finit les trois Marie Felix. Hector [Bianciotti] écrit (son 1er livre a été́ accepté chez Julliard). Hector le petit, travaille aux masques-chats pour « Holiday on ice » sous mon œil consentant. Mais j’ai commencé́ (déjà en attendant Heliodoro) un grand tableau, après tout, « heureux » et malgré́ la violence des couleurs – c’est une Heliodora, qui revient d’un lieu sombre elle triomphe des ténèbres mais elle a de grands bouquets des fleurs en couleurs très fulgurantes qu’elle ramène du noir. Elle est nue et très blanche avec chevelure couleur feu (les yeux d’Heliodoro ?) la chambre où elle pénètre est très lumineuse. Sur les parois sont accrochées ses robes (ou manteaux 2 en matière, aile d’insectes, ou feuillage ou écailles ? je ne sais. Je ne sais non plus si c’est vraiment beau). Voici l’ensemble il y a aussi des vraies merveilleuses fleurs. J’ai pensé́ que c’était une Héliodora après coup – en commençant le tableau je ne voyais pas sa signification. Surtout des pavots cette année, en tous les tons. Des roses, rouges – mauves – et les Zinnia très orientales et violentes. Mais la pluie a dérangé tout ele monde, malgré que des nouvelles fleurs sont apparues ce matin […] ».
Leonor Fini écrit cette lettre d’un ancien monastère en Corse où chaque été elle se refugiait pour peindre, en compagnie du peintre Stanislas Lepri dit Stanislao et de l’homme de lettres Konstantin Jelenski, dit Kot.
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