Lettre inédite de Flaubert écrite après la mort de sa mère
Gustave Flaubert (Rouen, 1821/1880)Lettre d’un Flaubert attaché à perpétuer la mémoire de son ami Louis Bouilhet (1822-1869).
« Mon cher ami, J’ai enfin de vos nouvelles – dans une occasion lamentable [décès de sa mère le 6 avril] il est vrai ! Merci de vos bonnes paroles. Moi aussi j’ai bien envie de vous rencontrer - & de causer ensemble de nos pauvres vieux !
J’ai passé́ un hiver atroce à cause des affaires de Bouilhet, qui n’ont pas été comme je l’aurais voulu - malgré́ tout le mal que je me suis donné. J’espérais que me supposant à Paris (d’après les affiches des spectacles) vous viendriez me voir ?
Jusqu’à la terminaison complète de mes affaires d’argent, je ne sais où je vivrai. Car il faut savoir d’abord comment je puis vivre, cela sera long. En attendant je reste à Croisset qui appartient à ma nièce Caroline & qu’elle n’habite pas.
Au mois de mai, je ferai sans doute un petit voyage à Paris. Je vous écrirai un mot pour vous prier de venir. D’ici là je vous embrasse.
Votre Gve Flaubert
Je suis bien triste, bien crevé́ ! Depuis ce matin cependant je tache de me remettre au travail ».
Le poète et dramaturge Louis Bouilhet, « conscience littéraire » du romancier, vint pendant des années tous les lundis à Croisset où Flaubert lui lisait ce qu’il avait écrit pour bénéficier de ses conseils et recommandations. Très affecté par la perte de ce collaborateur fidèle, Flaubert passa beaucoup de temps à tenter, parfois contre vents et marées, de valoriser son œuvre et sa mémoire. Ainsi, en janvier 1872, il avait publié́ une anthologie posthume, « Dernières chansons », qui, suite à un différend financier, entraina la rupture avec son éditeur Michel Lévy.
Pour le destinataire, on peut estimer que Flaubert fait référence à une lettre de condoléances reçue lors la mort de sa mère. 3 sont connues : Ernest Renan (le 15 avril), Jules Janin (le 16 avril) et Alexandre Dumas fils (sans date). Les trois sont Parisiens, comme le destinataire de la lettre. Flaubert vouvoie les trois. La formule d'adresse peut être discriminante : "Mon cher ami". On pourrait exclure Janin, qui s'adresse à Flaubert en l'appelant "confrère" (3 lettres de Janin à Flaubert, aucune dans l'autre sens). Resterait Renan et Dumas fils. Un indice pour préférer Renan : dans sa lettre de condoléances, il parle de la mort de sa propre mère, ce qui expliquerait la phrase de Flaubert : "causer ensemble de nos pauvres vieux".
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