REF: 11360

Manuscrit inédit de l’Ode des Estoilles au Roy, de Ronsard

Pierre de Ronsard (Château de la Possonnière, Vendômois, 1524/1585)
Poète français, l'un des plus importants du XVIe siècle.  

Type de document : manuscrit

Nb documents : 1 - Nb pages : 3 pp. - Format : In-folio (35,5 x 20 cm)

Lieu : S.l.

Date : S.d. [1573]

Destinataire : Sans

Etat : Pliures.

Description :

Manuscrit de l’Ode des Estoilles au Roy, de Ronsard.

Version inédite et inconnue de l'Ode des Estoilles au Roy, de Ronsard.

Lorsqu’en 1575, Ronsard publie, chez Gabriel Buon, un de ses imprimeurs attitrés, une plaquette de vers inédits intitulée Les Estoilles à Monsieur de Pibrac[…], un bouleversement politique vient de se produire dans le royaume de France : le jeune roi Charles IX a expiré à 23 ans, victime d’une pleurésie, obligeant son frère le duc d’Anjou, à quitter le trône de Pologne – où il venait de prendre place, pour revenir occuper celui de France, sous le nom d’Henri III.

Ce long poème des Estoilles se trouve être initialement une imitation du Stellis [« Aux Etoiles »] de Michel Marulle, tiré des Hymni naturales, recueil que Ronsard connaît et apprécie depuis toujours. Amadis Jamyn, ami et secrétaire de Ronsard de 1565 à 1573, publie d’ailleurs, en cette même année 1575, dans ses Œuvres, également une « Ode des Estoilles » imitée de Marulle.

L’étude des variantes, en particulier l’ajout, en fin de poème, de 16 vers en octosyllabes, évoquant le retour de Pibrac de Pologne, et le roi Charles IX, permet de déterminer avec certitude qu’il s’agit d’une version antérieure à l’édition, et de dater sa composition entre mai 1573 (moment de l’élection d’Henri d’Anjou sur le trône de Pologne) et septembre/novembre 1573 (celui des premiers symptômes de la maladie de Charles IX). Ronsard reprend son poème début 1574 et le transforme.

La découverte de ce manuscrit dévoile le visage d’un Ronsard opportuniste, poète de Cour, qui a remanié son texte pour l’adapter aux circonstances nouvelles (en particulier une référence à la Saint-Barthélemy), avant de le publier.

Cette version manuscrite permet de constater les infléchissements idéologiques qui s’opèrent chez le poète. Il ne le dédie plus au roi Charles IX mourant, mais à Pibrac, proche conseiller du futur roi. Mais surtout, il y ajoute une allusion à la Saint-Barthélemy (la seule dans toute l’œuvre de Ronsard). Il s’agit en effet pour lui de donner des gages aux catholiques ultras dont il mesure parfaitement l’influence à la cour d’Henri d’Anjou. Il va ainsi s’engager à christianiser légèrement et politiser plus franchement son ode. Dans la nouvelle version, il fait explicitement allusion à la mort de Gaspard de Coligny, pendu au gibet de Montfaucon en août 1572, et d’une manière assez brutale. Bon nombre de commentateurs ont manifesté leur étonnement de voir ainsi Ronsard évoquer avec une telle cruauté le sort d’un homme dont il avait autrefois célébré les vertus. Cette allusion nouvelle se lit à la lumière des changements d’influence au sein de la Cour de France et qui s’incarnent dans les deux nouveaux dédicataires (le capitaine Du Gast prit une part active à la Saint-Barthélemy et Pibrac en fit l’apologie dans sa Lettre à Elvide du 1er nov. 1572).

Le présent manuscrit est la seule copie existante du texte initial. Par rapport à la version imprimée, 54 vers ont été tout ou partie réécrits et 36 ont été ajoutés ou supprimés. Il s'agit bien d'une copie d'époque (qui n'est pas de la main de Ronsard dont il n'existe aucun manuscrit, seulement 2 lettres et quelques quittances dans les collections publiques), composée de 124 vers, soit 12 dizains hétérométriques, alternés en genre.

Les Estoilles sera repris en 1578 dans la cinquième édition des Œuvres collectives de Ronsard, avec un titre inchangé, à la fin du cinquième livre des Odes. Puis, dans l’édition de 1584, Ronsard le transfère dans le premier livre des Hymnes, prenant le titre d’Hymne des Estoilles au sieur de Pibrac, et le substituant à l’Hymne des Astres.

 

Je tiens à remercier :

- Julien Goeury, professeur de littérature française du XVIe siècle, auteur d’une longue étude sur les Estoilles de Ronsard, réalisée à partir de ce manuscrit, paru dans la revue Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance (BHR, Droz), qui a authentifié le manuscrit comme indubitablement de Ronsard, inconnu et donc inédit. Cet article a largement inspiré la rédaction de la présente fiche.

- Guillaume Peureux, expert en filigranes, qui a daté et identifié le papier utilisé.

- Jean-Marc Hovasse, qui a orienté mes recherches.

- Daniel Christiaens, qui a relevé toutes les variantes.

- François Rouget, grand spécialiste de Ronsard, auteur de nombreux ouvrages sur Ronsard et les poètes du XVIe dont, en 2015, un Dictionnaire de Pierre de Ronsard, et en 2010, Ronsard et le livre, étude de critique génétique et d’histoire littéraire, qui en a confirmé l’attribution et le caractère inédit.

Article de Julien Goeury sur demande (Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, La Piste aux Estoilles, Tome LXXIX, 2017, n° 3 - p. 599-617).

Encre brune sur papier vergé filigrané du monogramme de Jacques et Nicolas Lebé (papetiers actifs entre 1566 et 1610). Conservé dans une grande chemise avec mention manuscrite de la fin du XVIIIe siècle. Chemise avec dos de maroquin noir et étui, plats de papier noir imitant le maroquin à grains longs (Devauchelle).

65000,00

Ajouter à la liste de souhaits