Description :
Manuscrit d'un article du député anticlérical Louis Lafferre, sur le vote de l'amendement relatif à la suppression du budget des Cultes, intitulé "Bien joué, Combes !" [Emile Combes, farouche anticlérical, est alors Président du Conseil ; durant son mandat, plus de 2.500 établissements d'enseignement privé sont fermés]. Lafferre se félicite et ironise face au mouvement anticlérical qui gagne les milieux nationalistes. «On avait appris, par surcroît, que le groupe nationaliste avait délibéré sur la question et que, dans une crise aigüe d'anti...(?) réalisme, il s'était découvert tout à coup des sentiments anticléricaux outranciers. Il consentait à immoler tous les curés, pourvu que Combes succombât avec eux. On verrait après à rabibocher les membres épars de la calotte écrabouillée. On attendait avec curiosité la réponse du gouvernement [...]». Lafferre raconte alors la manière dont Combes s'y est pris qui a laissé sans voix toute son opposition. «Les nationalistes voulaient supprimer le budget des Cultes ? A leur aise. Ce n'est pas le gouvernement qui y mettrait obstacle. Il lui suffirait seulement de modifier quelque chose à son dessein primitif. On ne voulait pas attendre le vote du projet intégral ? Soit! On détacherait du projet les articles relatifs aux dispositions financières transitoires et on les remplacerait dans la loi de finances par la suppression pure et simple des 24 chapitres de crédits [...]. Peindre la consternation de la droite et du centre à l'audition de cette harangue est impossible. M. Ribot lui-même n'osa pas esquisser un geste de protestation et un sourire de désappointement se figea sur ses lèvres. En même temps, la délibération du groupe nationaliste s'échappa en fumée [...]». Le budget est finalement voté mais les partisans de la séparation de l'Eglise et de l'Etat gagnent du terrain. «On le verra bien au scrutin de ce jour. Par 325 voix contre 232, la Chambre décide que le budget des Cultes continuera à payer, au nom de la République, tous ceux qui sont chargés de la combattre. Constatons pourtant deux résultats : l'accroissement du nombre des partisans de la séparation, qui s'élève de 187 à 232 sur un vote budgétaire, dont on ne peut nier la signification un peu brutale ; puis la déclaration d'un grand nombre d'abstentionnistes, qui acceptent dès à présent le principe et s'engagent à se prononcer en faveur d'un projet de loi complet [...]». [La loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat sera effectivement votée au budget suivant, le 9 décembre 1905].
Sur feuillets à en-tête de la Chambre des députés.
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