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Magritte réalise douze dessins pour Vathek

René Magritte (Lessines, Belgique, 1898/1967)
Peintre surréaliste belge.

Type de document : lettre autographe signée

Nb documents : 1 - Nb pages : 1 p. - Format : In-4

Lieu : S.l.

Date : Samedi 12 août 1944

Destinataire : Paul-Gustave Van Hecke

Etat : Pliures centrales, minime déchirure sans gravité.

Description :

Belle et longue lettre de travail de Magritte, adressée à son ami de toujours, l'écrivain, marchand d'art et journaliste gantois Paul-Gustave Van Hecke (1887-1967).

"Mon cher Van Hecke,

Il m'est agréable de savoir que les douze dessins pour Vathek ne devront pas subir de modifications ['nouvelles' biffé]. Il aurait sans doute été possible de refaire une série complète de ces dessins en tenant compte d'un nouvel apport extérieur (chose que j'ai faite dans certains tableaux, par exemple : Les bons jours de Monsieur Ingres, Le retour de flamme, le traité de la lumière), mais ['il aurait été indispensable' biffé] le texte étant déjà un apport extérieur ['dont je dois tenir compte' biffé] je me serais trouvé devant des exigences assez compliquées et peut-être contradictoires.

Pour le dessin discuté, je suis certain de sa ['qualité' biffé] force poétique : ce qui m'a inspiré n'est pas le caractère oriental de la jeune fille dont parle Beckford (ce genre de caractère étant très banal et peu accentué dans Vathek, livre privé de tout souci ['exagéré' biffé] réaliste, de couleur locale) mais bien une ['une image' biffé] réunion des éléments propre à susciter un sentiment ['de jeunesse' biffé] de charme ['étrange' biffé]. L'image que j'ai proposée vient de très loin : d'abord ['dans une tentative' biffé] dans un petit tableau de 1924 (jeune fille aux longs cheveux ayant une rose à la place du coeur) elle commence à se [sic] vouloir se manifester, ensuite, à l'occasion de recherches pour illustrer les contes de Madame d'Aulnay, où une jeune fille vivant dans ce monde enchanté est représentée  comme dans le dessin en question. Ensuite l'illustration des contes étant abandonnée, je peins un tableau "Le roman populaire" qui est un signe matériel du prix que j'attache à cette image. Une sorte de fatalité veut ensuite que je retrouve dans Vathek la présence d'une jeune fille qui est toujours la même pour moi. Il s'agit bien ici d'un sentiment qui n'est pas de circonstance et peut-être comme toujours la discussion [sic] a porté dans ce cas sur un point essentiel. J'espère qu'avec ces explications, tu auras facilement raison des doutes qui pourraient être venus. J'encaisserai avec un agrément qui n'a rien à voir avec l'esthétique le virement de Madame Pardessus, quoique par les temps qui courent je ne pourrais même par l'échanger contre un manteau".

En juillet 1944 et grâce à P.-G. Van Hecke, Magritte avait reçu sa première commande pour l’illustration d’un livre. Ce dernier devait paraître à Anvers, aux Éditions Lumière, dirigées par Angèle Manteau (dont il est question ici) et Van Hecke, qui l'avait rejoint un an auparavant, pour s'occuper de la branche francophone de la maison. Il s’agissait de douze illustrations pour le Vathek de William Beckford. Le projet ne vit jamais le jour.

On joint la lettre de Paul-Gustave Van Hecke, datée du 7 août 1944, qui suscita cette réponse. 1 p. in-8. Encre noire. Papier à en-tête des Éditions Lumière, filigrané "American Bond".

"[...] Les dessins pour "Vathek" plaisent beaucoup à Mme Manteau. Il n'y en a qu'un seul. Ce n°7 (que je te retourne ci-joint) que nous aimerions te voir remplacer par quelque chose de plus.... "oriental". Il faut en convenir que ce dessin ne cadre pas tout à fait avec les onze autres [...]. La semaine prochaine je te te communiquerai les dimensions pour le petit dessin au trait pour ta couverture [...]".

Encre noire, papier filigrané "Albert Bond".

3800,00

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