REF: 10856

Longue lettre de Flaubert se documentant pour l’écriture de Madame Bovary.

Gustave Flaubert (Rouen, 1821/1880)
Romancier.

Type de document : lettre autographe signée

Nb documents : 1 - Nb pages : 4 - Format : In-8

Lieu : [Paris]

Date : "samedi soir 17" [février ou mars 1855]

Destinataire : [Alfred Baudry (1828/1884), dit le Jeune, frère de Frédéric, archéologue et érudit]

Etat : bon

Description : Dans cette longue lettre, Flaubert se documente pour l'écriture de la scène de la cathédrale de Rouen dans Madame Bovary. C'est la première des 32 lettres connues écrites à Alfred Baudry, particulièrement intéressante au point de vue du travail d'écriture du romancier, où l'on découvre son obsession de la vérité nichée dans le moindre détail. Flaubert utilisera les services de son ami pour l'écriture de tous ses romans, il l'aide dans ses recherches documentaires, allant sur place relever des détails, et lui procurant des livres. Au moment de l’écriture de l’épisode de la cathédrale de Rouen dans Madame Bovary, Flaubert, alors à Paris, a recours aux services d’Alfred et lui pose des questions très précises sur l’édifice, sur la chapelle de la Vierge et ses tombeaux, sur les sculptures, les vitraux et sur la cour des libraires. Ces questions minutieuses sur d’infimes détails montrent l’exigence extrême de l’écrivain. "Vous êtes le plus charmant homme et meilleur zig du monde. J’ai dévoré votre lettre qui me sert énormément depuis dix jours. Je ne fais que l’arranger, et vous retrouverez même plusieurs de vos phrases. Cela est superbe ! Vous m’avez envoyé des détails excellents. Je vous aurais remercié de suite si je n’avais attendu la fin de mon esquisse pour voir la tournure que ça prendrait et vous adresser derechef d’autres questions : 1° Ce qui indique sur le pavé la circonférence de la cloche d’Amboise, est-ce un disque ou un cercle ? J’ai écrit disque. [Voir Madame Bovary, ed. Claudine Gothot-Mersch, p. 247. Flaubert écrira  : cercle] 2° De quel pays était Clodion (le peintre) ? J’aurais besoin de savoir s’il était champenois, normand, provençal, etc., avec la date de sa naissance et celle de sa mort. 3° Faites-moi une petite description de la chapelle où est la statue de Richard Cœur de Lion. [Voir Madame Bovary, ed. Claudine Gothot-Mersch, p. 245] 4° Idem de la tombe de l’archevêque Maurice. Où est-elle placée au juste ? et comment est-elle ? 5° (grave) Des deux tombeaux de Brézé, l’un, n’est-ce pas, est à cheval (en dessus), et l’autre couché au-dessous, cadavre tout nu et superbe ? 1. Lequel est le père ? lequel est le fils ? 2. Il y a des armoiries sur la housse du cheval, quelles sont-elles ? 3. Les noms et les titres avec dates de la naissance et de la mort de ces deux messieurs. 4. Idem pour la mère qui pleure. 5. La nourrice ne doit pas avoir de nom ? ? ? [Voir Madame Bovary, ed. Claudine Gothot-Mersch, p. 247] 6° Les d’Amboise. Pouvez-vous me donner des dates précises de leur naissance et de leur mort avec les noms, titres, prénoms, etc., et quelques détails sur les sculptures ? Il y a autour des personnages allégoriques, ne sont-ce pas des vertus théologales ? [Voir Madame Bovary, ed. Claudine Gothot-Mersch, p. 247-248] 7° Dans la cour des libraires, sur le portail (à droite quand on entre par la rue Saint-Romain), n’y a-t-il pas un cochon jouant de la cornemuse ou quelque drôlerie pareille ? 8° À propos des vitraux des corporations de métiers : vous me dites « trois vitraux bleus », l’un donné par les drapiers, l’autre par les marchands de poisson – où est le troisième ? « Regardez dans le bas : voici leurs emblèmes de corporation »... Quels sont ces emblèmes ? Voilà, je crois, à peu près tout ce que j’ai à vous demander, cher vieux. Je vous remercie mille fois de votre obligeance et si bien que j’en abuse comme vous voyez. Si vous pouviez me répondre promptement, vous mettriez le comble à vos bienfaits (phrase de Prudhomme). J’ai vu votre frère dimanche dernier, il a déjeuné chez moi d’un excellent appétit et d’une facétieuse humeur. Le drame de l’ami Bouilhet [Madame de Montarcy sera refusée au Théâtre Français et jouée à l'Odéon le 6 nov. 1856] va passer d’ici peu aux Français, mais c’est dur à décrocher ! que de canailleries et de canailles ! Quant au Pierrot, vous ne savez donc pas qu’il a été reçu à condition, mais ce [ne] sera que pour cet été si nous voulons y faire des changements, ce dont je ne me soucie guère. Vous me reverrez dans un mois. Ma mère part demain pour Croisset. Adieu, mon bon. Tout à vous. Gve Flaubert"
Lettre publiée dans l'édition de la Pléiade (T2 p. 570-572). Ancienne collection Pierre Macqueron.

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